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Faire partie des bons élèves grâce à l’apprentissage des langes anciennes

De Yann, publié le 09/04/2018 Blog > Soutien scolaire > Latin > Apprendre le Latin pour Être dans les Meilleures Classes !

En 2016, les chiffres publics du décrochage scolaire faisaient état de 98 000 jeunes sortant du système de formation initiale sans aucun diplôme, soit un ratio de 9,2 % des élèves.

Une statistique en baisse continuelle dont se félicitait la ministre de l’Éducation Nationale d’alors, N. Vallaud Belkacem : ils étaient en effet 140 000 jeunes en 2010, 110 000 en 2014, puis 107 000 en 2015 à quitter se déscolariser prématurément, sans valider aucun diplôme.

Le sociologue Français P. Bourdieu (1930-2002), qui avait objectivé le phénomène de la reproduction sociale en France, montrait que l’institution scolaire reproduit et confirme les inégalités économiques et sociales, en exerçant une « violence symbolique » sur les jeunes et en valorisant une culture bourgeoise éloignée des réalités des enfants issus des classes populaires.

Un processus de domination sociale qui conduit selon lui ces derniers à l’échec, et favorise l’accès aux hautes études supérieures aux élèves issus des classes favorisées.

Dans cet axe d’analyse, l’enseignement des langues anciennes – dont le choix de l’option latin au collège – constitue depuis longtemps une stratégie menée par les parents des classes aisées pour « placer » leurs enfants au sein des bons élèves dans les meilleures classes.

Parler latin revêtait une dimension noble, un prestige tiré d’une érudition que les individus, héritiers d’une classe sociale favorisée, valoriseraient comme outil de distinction sociale.

Ce constat est-il vrai aujourd’hui ? Apprendre la langue latine – et plus généralement les lettres classiques, comme le grec ancien – est-il réservé aux héritiers de l’élite sociale, ambassadrice de la culture savante et détentrice de tous les capitaux culturels ?

Superprof tente d’apporter une réponse à cette question : quel est le lien entre les cours de latin et l’admission dans les meilleures classes ?

Histoire de l’enseignement du latin en France

Dès la Renaissance et la période Humaniste – 15ème et 16ème siècles -, l’apprentissage du latin était réservé aux enfants de l’élite sociale, à la noblesse et au Clergé jusqu’à la Révolution Française de 1789.

La langue latine avant la démocratisation de l'enseignement secondaire. Rosa, rosa, rosam, rosae, rosae, rosa…Rosae, rosae, rosas, rosarum, rosis, rosis. Apprendre la déclinaison latine singulier et pluriel : avant, c’était un marqueur d’appartenance à la haute société.

La langue latine, par son pouvoir d’influence – héritages de la civilisation romaine, impact culturel et linguistique en Europe, langue de l’enseignement, des sciences, de l’érudition et de la culture savante -, était vue comme un puissant vecteur de mobilité sociale ascendante, « pour mener à tout ».

Une minorité recrutée dans les rangs de l’élite (les enfants défavorisés n’ayant pas encore accès à l’enseignement secondaire) était donc formée à cet enseignement – pourtant une langue morte – ipso facto dans l’objectif de parvenir aux meilleures positions sociales d’alors.

Par opposition, une écrasante majorité de la population – une armée industrielle d’indigents ou de travailleurs exécutants – se trouvait privée de formation en langues européennes.

Apprendre le grec ou le vocabulaire latin résultait donc d’une lutte des classes sociales dont certains estiment qu’elle perdure encore de nos jours : l’apprentissage des langues anciennes étant vu comme stratégie des gens aisés pour intégrer les meilleurs collège latin.

A partir de l’instauration de la République en 1870, la laïcité et le désir d’émancipation vis-à-vis de l’Église catholique basculent inéluctablement vers une défiance envers le cours de latin à l’école républicaine.

C’est la réforme de 1902 qui réorganise l’enseignement secondaire autour de deux cycles : au collège, une section A’ – super élite concentrant latin grec et sciences -, une section A avec latin et langues vivantes, et une section B sans enseignement du latin.

Au second cycle (lycée), quatre sections sont créées : A (latin-grec), B (latin-langues), C (latin-sciences), D (sciences-langues).

A partir des années 1950, les séries scientifiques du baccalauréat deviennent majoritaires, et les langues anciennes tombent de leur piédestal comme filière d’élite sociale (même si celles-ci demeurent un élément de distinction sociale pour les plus aisés).

« Le latin et surtout le grec sont plus ou moins déclassés, et les langues anciennes, la formation humaniste ne constituent plus la marque nécessaire et éminente de la culture. » (Albert Thibaudet, Histoire de la littérature française, 1936).

L’étude de la langue latine – mythologie, histoire de l’empire romain, lecture de textes anciens, grands auteurs comme Ovide, Sénèque, Cicéron, Horace, Tite-Live ou Plaute, etc. – perd donc progressivement de sa superbe.

Dans les débats pédagogiques, la désaffection pour les langues anciennes s’explique alors chez certains acteurs de l’Éducation Nationale, par le fait que le recrutement de l’élite passe désormais par les mathématiques.

Cumuler sciences et compétences linguistiques : le top de l'érudition ! Pour faire des calculs de puissance ou mesurer la performance d’un moteur, faut-il apprendre à conjuguer les verbes latins ? …

L’ambition officielle de la réforme du Collège de 2016, est de lutter contre les inégalités scolaires.

Pour cela, elle réduit à quelques heures hebdomadaires l’ancien enseignement d’exploration du latin, au profit d’un module d’enseignement pratique interdisciplinaire (EPI) nommé « Langues et Cultures de l’Antiquité (LCA), au choix parmi 7 autres options.

Pourtant, parmi les ménages les plus argentés, le choix de l’option latin reste une stratégie d’évitement social : on ne fait du plus du latin pour apprendre la première déclinaison latine (et la réciter avec brio auprès de ses amis pour se mettre en avant), mais pour figurer parmi les meilleurs élèves.

L’option latin, un choix lié à l’origine sociale ?

Connaître les mots latins était autrefois vu comme ascenseur menant aux rangs de l’élite économique, politique et sociale.

Faire du latin, c'est aussi en savoir plus sur la stratification sociale dans l'Antiquité. Dans la Rome antique, de nombreuses classes sociales existaient aussi, comme aujourd’hui en France.

Aujourd’hui, le latin est vu comme porte ouverte vers la maîtrise facilitée de nombreuses langues, ou un approfondissement dans sa propre langue maternelle.

Or si les meilleures classes – classes bilangues, section européenne, filières scientifiques – recrutent leurs effectifs parmi les latinistes issus des catégories favorisées, n’est-ce pas là un élitisme notoire dans une éducation se voulant égalitariste ?

La loi d’airain de l’oligarchie demeurerait-elle toujours d’actualité ?

Si l’on en croit les dernières études, le latin au collège résulterait toujours d’un choix lié à l’origine sociale et au niveau scolaire des élèves en fin de classe de sixième.

On observe que 23 % des élèves entrés en 6ème à la rentrée scolaire de 2007 ont choisi une étude dans la langue latine. Pourtant, les statistiques sont sans appel.

Une étude pilotée par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) conclue que « les enfants issus de milieu aisé et ceux obtenant de bons résultats scolaires sont davantage concernés » par le latin.

L’étude enfonce le clou : 44 % des élèves latinistes de 5ème sont des enfants d’enseignants, 39 % sont des enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures, tandis que seulement 15 % des latinistes sont des enfants d’ouvriers.

De profondes disparités sociales font rage, l’origine sociale est donc un facteur surdéterminant l’accès aux meilleures classes, tout comme le niveau scolaire :

  • 96 % de celles et ceux qui font du latin en 5ème obtiennent le diplôme national du brevet deux ans plus tard,
  • 70 % d’entre eux obtiennent un baccalauréat général ou technologique cinq ans plus tard,
  • 20 % des élèves abandonnent le cours de latin en 4ème en raison de leur niveau scolaire,
  • Au lycée, le niveau requis monte d’an cran et près de 80 % des élèves délaissent le latin, aussi concurrencé par d’autres matières.

Selon le ministère de l’Éducation Nationale, parmi les 10 % des meilleurs élèves, 53 % choisissent l’idiome de Jules César contre seuls 4 % des élèves aux résultats scolaires les moins bons.

On constate donc que l’origine sociale et le niveau scolaire sont fortement corrélés au choix d’orientation vers les belles lettres latines.

Empiriquement, cela s’explique aussi par une distribution des dispositions acquises inégale et des pratiques culturelles différentes : un enfant d’enseignante ou de professeur de français sera davantage habitué à se rendre au musée, à la lecture d’un genre littéraire à l’autre, davantage prédisposé à assimiler une culture savante qu’un enfant issu d’un milieu social populaire.

En effet, l’intérêt porté à la culture ou à l’histoire est plutôt faible chez les catégories sociales défavorisées.

Comment s’intéresser à la grammaire latine, à l’ordonnancement syntaxique du français latin, aux cours de langue, à l’histoire de la civilisation romaine, à l’art de l’éloquence ou la rhétorique des auteurs du Latium sous la République romaine, lorsque le sentiment d’incompétence face aux attentes du système scolaire est intériorisé depuis plusieurs générations dans la culture familiale ?

On comprend pourquoi les élèves qui poursuivent jusqu’à analyser les textes littéraires au bac, sont plutôt d’origine favorisée.

La langue latine et les stratégies d’évitement social

Qui n’a jamais entendu dire, alors que les professeurs venaient présenter l’option des cours de grec ou de latin en classe de 6ème, que les langues anciennes favorisent la compréhension de la grammaire française et du vocabulaire français, des racines étymologiques des mots et, in extenso, des langues vivantes ?

Qui pourtant, se rappelle de la première déclinaison latine ou d’un verbe latin après ses études universitaires ?

Apprendre les dates marquantes de la civilisation romaine. En août 79 de notre ère, le Vésuve ensevelit plusieurs centaines de personnes sous des dizaines de mètres de cendres pyroclastiques : c’est la fin de Pompéi.

Les parents, c’est presque logique, souhaitent que leurs enfants disposent d’une meilleure position sociale future que la leur : ainsi vont-ils pousser leur progéniture à travailler dur pour avoir de bons résultats scolaires.

Cela est d’autant plus vrai que le milieu social est aisé.

Toutefois, un phénomène de déclassement social est à l’oeuvre de nos jours : le paradoxe d’Anderson.

En dépit d’une inflation des diplômes et du développement de la précarité, même détenir un niveau d’instruction supérieur à celui de ses parents ne garantit plus une mobilité intergénérationnelle ascendante (c’est-à-dire avoir une meilleure situation que ses parents).

On peut donc comprendre que des stratégies naissent chez les parents d’élèves pour pallier ce phénomène : faire apprendre le latin pour débutants à son enfant dès le collège pour qu’il/elle figure parmi les meilleurs élèves, et qu’il bénéficie d’une bonne intégration sociale.

C’est en cela que l’on qualifie d’évitement social le choix du latin au collège : si l’on apprend l’histoire de Pompéi ou le lexique latin, à faire de la traduction latine, c’est plus par calcul utilitariste en vue du futur, ou par croyance en d’éventuels futurs bénéfices collatéraux.

Le débat fait rage en la matière pour limiter ce genre de stratégie qui, finalement, place les élèves en compétition dans le système scolaire, et ne favorise pas l’égalité.

Par exemple, la réforme du Collège, qui réduit le nombre d’heures de cours de langue latine a rencontré de nombreux détracteurs, pour qui il faudrait au contraire inciter les jeunes à choisir ce cours, pour les faire mieux comprendre la structure grammaticale et l’orthographe du français (en s’aidant des cas latins (nominatif, accusatif, datif, gérondif, vocatif, ablatif), de l’ordre des éléments dans la phrase latine (sujet + verbe + COD)), et les langues officielles de tous les pays latins.

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