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Du chinois archaïque au mandarin moderne : historique des langues sinophones

Par Yann le 26/01/2017 Blog > Langues > Chinois > La Grande Histoire des Langues Chinoises…
Table des matières

Légendaire, historique, voire mythologique, la question de l’origine des langues est un sujet qui a suscité toutes les hypothèses imaginables…

Saint-Graal de la linguistique, cette quête continue de hanter les anthropologues, archéologues, généticiens et évidemment linguistes tant elle relève de l’histoire de l’Homme et de son évolution sur la planète terre.

Pendant que les chercheurs rêvent de trouver la “langue mère” qui nous unissait tous en tant qu’espèce – dans l’espoir qu’elle ait véritablement existé – ; tandis que les religieux ont abandonné cette recherche depuis l’histoire de la tour de Babel afin de se concentrer sur l’étude des textes des récents millénaires ; d’autres se sont focalisés sur l’histoire des langues chinoises archaïques qui en disent long sur notre long passé.

Je vous propose un voyage dans le temps linguistique, sans Deloreane et sans Doc Emmett Brown, mais avec un condensé d’histoire de notre monde qui ne devrait pas laisser indifférent chaque lecteur de mon espèce…

Lorsque le compte atteindra les 88 miles à l’heure…

L’écriture chinoise

L’écriture chinoise a traversé une longue transformation graphique au cours des millénaires et continue d’évoluer. Les pictographes (象形 xiàng xíng), les idéogrammes (指事 zhǐ shì) et les idéogrammes composés (会意 huì yì) : comment les identifier ?

Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine.. Très lointaine… Pardon (Mon côté Jedi a voulu s’exprimer…)…

(Je reprends) Dans notre galaxie… Il y a plus de vingt mille ans avant notre ère, les Hommes laissèrent leurs premières traces via un premier “jet” graphique dans les grottes anciennes (on était encore loin du designer sur photoshop, MAIS il y avait de l’idée !)

Il aura fallu attendre 16 000 ans – du moins jusqu’à preuve scientifique du contraire – pour que ces “dessins” donnent lieux aux premiers actes conscients d’écritures avec la création des pictogrammes, qui s’inscrivent dans la chaîne menant à l’écriture idéographique.

Parmi les trois écritures idéographiques apparues dans l’histoire humaine – avec l’écriture sumérienne et l’écriture égyptienne –  on retrouve l’écriture chinoise. C’est dire l’importance linguistique capitale et historique de l’influence de l’écriture chinois sur le monde.

Hormis les légendes millénaires qui parlent de l’invention de ces caractères comme une traduction en symboles de l’environnement, nombreuses sont les traces archéologiques qui montrent que ces caractères n’ont pas ou peu été modifiés dans leurs principes et leurs structures depuis leur création, il y a environ 7000 ans.

Composée de 60 000 caractères – répartis en 3 catégories : le pictogramme, les idéogrammes et les idéo-phonogrammes – dont 6 000 à usage courant, cette écriture chinoise est à attribuer à l’ethnie des “Han” qui composent à 94% la population chinoise et qu’on nomme “Han ZI”.

En somme, l’histoire de l’écriture chinoise a permis le développement de nombreux styles calligraphiques, dans différentes régions, au cours des siècles.

Aujourd’hui stylisée – chaque idéogramme est censé s’écrire dans un même espace carré peu importe le nombre de traits – afin de créer un équilibre visuel agréable.

En 1958, une réforme particulière a modifié 2300 idéogrammes complexes – en réduisant le nombre de traits – afin de les rendre plus accessibles à l’apprentissage de l’écriture, pour les Chinois comme pour les étrangers.

Aussi, une phonétisation de ces idéogrammes a également été mise en place, le “pinyin”, dans le but de rendre plus accessible l’écriture chinoise à l’international.

La valeur poétique et vivante de la calligraphie chinoise repose sur le fait que ces idéogrammes possèdent encore une trace des gestes universels primitifs dès “premiers scripts”.

La formation d’idées ou de pensées profondes peut se créer via l’association de plusieurs images qui forment un idéogramme unique qui nous enseigne beaucoup sur les lois énergétiques et l’équilibre du corps et de l’univers établi en Chine ancienne.

Par exemple, si l’on associe le symbole de la saison « automne » au symbole du corps « cœur », on crée l’idéogramme du sentiment « tristesse ».

Le chinois archaïque ou chinois ancien

Les caractères chinois unissent le sens, le son et l'image pour former un ensemble cohérent et basé sur l'environnement. Le chinois est le seul grand système d’écriture qui a poursuivi son évolution pictographique sans interruption, et qui soit toujours utilisé à l’heure actuelle.

Le chinois ancien, communément appelé “chinois archaïque” représente la forme la plus ancienne de la langue chinoise.

Ancêtre de la plupart des langues chinoises actuelles, comme le cantonais ou le tibétain, le chinois archaïque est une perle pour tous les amoureux de la langue.

On retrouve sa présence sur des carapaces de tortues et des os d’animaux datant de plus de 1250 ans avant J.C durant la fin du règne de la dynastie de Shang !

La majorité des caractères d’écriture qui composent cette langue sont des phonogrammes, autrement dit, tout comme les hiéroglyphes égyptiens, ils se lisent comme des rébus.

La multiplication des inscriptions en chinois archaïque durant la dynastie Zhou influença grandement la littérature classique chinoise et ses œuvres, préservant jusqu’au jour d’aujourd’hui les lettres de noblesse de cette langue datant de plusieurs millénaires.

La genèse du mandarin standard

Le mandarin, la langue véhiculaire de la Chine, est aujourd'hui enseigné dans de nombreux lycées et universités a l’échelle internationale. En dehors de la Chine, de nombreuses communautés de la diaspora chinoises partagent le mandarin comme langue.

Membre de la famille sino-tibétaine, le chinois comprend autant de variétés linguistiques que le top 50. Il descend directement du chinois archaïque, la langue sino-tibétaine la plus ancienne connue.

Pour simplifier la complexité des langues “han” de la Chine on peut la couper en deux parties :

  1. Le centre-nord et l’ouest qui regroupent les “parlers du nord”, qui sont proches du mandarin,
  2. Le sud-est, qui agglomère différentes langues et dialectes généralement différents tant en structure qu’en vocabulaire comme le cantonais (yue), min (fujian, Taïwan), wu (Shanghai).

Réparti en un grand nombre de langues ou dialectes, c’est pourtant le chinois mandarin qui a été choisi comme la langue véhiculaire ou langue commune “pǔtōnghuà” 普通話/普通话 de la République Populaire de Chine dans l’éducation, l’administration et les médias.

Cette langue trouve son origine – en termes de prononciation et de grammaire – dans les différents dialectes les plus parlés dans les provinces du Nord du pays, avec pour principale “inspiration” celle de  Pékin, la capitale.

Ainsi nommée par les voyageurs européens en expédition, cette langue apparaît pour la première fois à l’échelle nationale dans le livre de rimes “Zhōngyuán Yīnyùn” qui a vu le jour sous la dynastie Yuan au XIII et XIV siècle.

Considéré comme une sorte de “bible linguistique”, ce livre marque un passage de l’histoire des langues en terre du milieu.

Bien plus tard, au XXème siècle, en 1956 pour être exact, le mandarin standardisé s’est imposé de force et de gré faisant face aux dialectes et “langues locales” millénaires qui tentent de subsister dans la Chine moderne et uniformisée.

Le long chemin parcouru par le hànyǔ 漢語/汉语, qui signifie la langue de l’ethnie dominante Han, porte ses fruits dans la vie quotidienne contemporaine chinoise puisqu’elle est la langue maternelle de plus de 800 millions de personnes soit 70 % de la population chinoise.

Symbolisant le développement économique de la Chine, cette langue devenue indispensable pour mettre en place un business avec le pays du dragon, n’est pas prête de s’éteindre puisqu’elle représente la première langue parlée dans le monde.

C’est donc cette langue chinoise qu’il faut privilégier en apprentissage !

L’origine du cantonais

Très peu de chanteurs chantent en se basant sur un texte purement cantonais. C'est surtout l'accent qui est mis en lumière. Le cantonais ou « la langue du Guangdong » ou « yue » est une langue chinoise parlée majoritairement dans le sud de la Chine.

« A language is a dialect with an army and a navy » Max Weinreich

Langues datant de plusieurs millénaires, rares sont les écrits – notamment sur le web (Wikipedia y compris) – qui mentionnent la formation originelle du Cantonais ou de la langue de Yue.

Certains s’aventurent à affirmer – au conditionnel – que cette langue se serait formée après la chute de la dynastie Han au IIIe siècle après JC. D’autres sont convaincus – toujours au conditionnel – que la présence de cette langue aurait eu lieu bien plus tôt dans l’histoire de l’empire chinois et découle directement du chinois archaïque, tout comme le tibétain.

Le mot “cantonais” provient du mot Canton, le mot occidental pour nommer Guangzhou, la capitale de Guangdong, considérée comme la “maison mère” de la langue cantonaise.

Pourtant, après des années d’influence médiatique et de culture populaire, le centre névralgique du cantonais s’est déplacé dans le territoire jadis dominé par les anglais : Hong-Kong.

Hautement politisé, le fait que le cantonais soit – comme la majorité des langues et dialectes chinois – une langue uniquement orale pose la question de son statut. Perçu par ses détracteurs comme une version incorrecte du mandarin, le cantonais est poussé dans ses retranchements pour imposer le chinois mandarin de manière plus significative.

Ainsi, bien qu’il soit encore très représenté dans la province du Guangdong et à Hong-Kong et Macao – où il fait partie des langues officielles – le cantonais subit les assauts de l’enseignement en mandarin dans les écoles, et du mélange des populations qui nuisent à son existence future.

La diaspora cantonaise quant à elle, a vu s’envoler un bon nombre de la population de la région du canton, de Hong-Kong et de Macao vers :

  • La Malaisie (750,000),
  • Le Vietnam (500.000),
  • Et l’Amérique du Nord, où il y a aujourd’hui plus de 180.000 locuteurs de cantonais uniquement dans la ville de San Francisco.

Ce qui explique en partie l’influence du chinois en Asie !

Ce phénomène est lié à l’histoire des zones où le cantonais était pratique. En effet, très proches des occidentaux, notamment à cause du commerce et du colonialisme, les cantonais ont développé une proximité plus étroite avec ces pays occidentaux que les autres régions de la Chine.

Ajoutez à cela un cocktail politique et sociétal mélangeant la famine et la rébellion et vous obtenez un stimulant pour l’émigration cantonaise au niveau mondial.

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Yann
Fondateur de SuperPROF, je suis dévoré par l'envie de découvrir et de toujours apprendre de nouvelles compétences.

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